Pas de nouvelles, bonnes nouvelles

Le 6 septembre dernier, avait lieu à Québec une cérémonie rendant hommage à l’un des pères de la Confédération, George-Étienne Cartier. Appelé à prononcer un discours devant un parterre choisi, comprenant notamment le Premier Ministre du Canada, Philippe Couillard jugeait à propos de «réaffirmer» le pacte constitutionnel liant la province francophone au reste du Canada. Précisant sa position sur cette épineuse question, Monsieur Couillard a surpris tout le monde (mais surtout les mauvaises langues, qui s’apprêtaient à dire : « couché! »), en affirmant que l’excellent climat qui régnait entre les deux peuples fondateurs en 1867 régnait de nouveau. Après 40 années de social-démocratie, en effet, les riches anglophones et les riches francophones du Canada peuvent se féliciter de ne plus entretenir la moindre tension, comme de ne plus accorder la moindre attention aux voix divergentes. L’ancienne astrologue Jojo Savard, recyclée en analyste politique, expliquait sur les ondes de LCN que le Castor, entré en Bourse, subissait l’influence conjuguée de l’Aigle et du what-the-fuck ambiant, ce qui favorisait la croissance de ceux et celles qui croissaient, comme l’amour vient à qui sait attendre. Pourtant peu enclin à se formaliser des déclarations insolites, Denis Lévesque la regardait, l’air de dire: hein? Et madame Savard de conclure selon la ligne du parti: «en tout cas, moi, chus tannée de payer».

Avec son flair habituel, le député péquiste Drainville sautait aussitôt sur l’occasion pour jouer au petit Machiavel, et demandait, via son compte Twitter, si les Libéraux avaient l’intention de tenir un référendum sur la réaffirmation annoncée du pacte constitutionnel. À ceux et celles qui entretenaient encore un petit doute à propos des scrupules péquistes vis-à-vis des limites à imposer au discours électoraliste, le gazouillis du Père de la Charte offrait un élément de réponse intéressant: elles correspondent à peu de choses près à celles que s’imposent les compagnies pétrolières en matière de protection de la faune.

Parlant de déversement: le mercredi 24 septembre, un premier superpétrolier quittait le port de Sorel-Tracy pour une raffinerie italienne. Vers 15h30, le navire de 250m de long et 44m de large passait devant l’île d’Orléans, puis longeait le Saint-Laurent, avant de disparaître vers l’est, laissant derrière lui des bénéfices tels que personne, à ce jour, n’a encore trouvé les mots pour en parler.

Pendant ce temps, à l’Assemblée nationale, Philippe Couillard répondait aux questions posées sur les garanties que son gouvernement avait reçues en cas de déversement. «Pourquoi c’est un problème qu’un pétrolier augmente de 32 à 44 mètres – c’est ça, le chiffre? – s’il va d’ouest en est ou d’est en ouest? […] C’est quoi, cette salade?» (La Presse).

J’aimerais pouvoir dire que j’ai inventé cette réplique, caricaturé l’esprit de ce gouvernement en jouant sur les mots, mais non. Le gars sait juste fuck all ce qu’il fait, et n’en éprouve tout simplement aucune gêne, aucune honte, rien. Que l’État québécois assume seul les risques environnementaux (et, donc, financiers) liés au passage du pétrole des sables bitumineux albertains en ses eaux, pour l’expédier en Europe où il sera transformé (alors qu’on a déjà eu des raffineries importantes ici même), ce n’est pas ça qui empêchera Philippe Couillard d’aller de l’avant, comme il le dit, et encore moins de retourner consulter en Arabie saoudite, en temps opportun.        –  Jean-Philippe Martel

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