Pas de nouvelles, bonnes nouvelles

On aimerait échapper au ronron du monde, ne plus avoir de ses nouvelles, se retirer enfin et avoir la paix – la bonne sainte paix, comme le disait feue ma grand-mère maternelle. On éteint la télé et la radio, on se déconnecte de Facebook, mais rien n’y fait. On reçoit encore des infolettres génériques, et c’est déjà plus qu’il n’en faut pour troubler notre vie politique, qui n’est rien d’autre que la continuation de la guerre par d’autres moyens, ainsi que nous l’ont appris Clausewitz et l’observation des pauvres dans leur milieu de vie naturel.

Ainsi, le Canadian Women in the Literary Arts (CWILA) nous faisait savoir à la fin de septembre qu’un «écart saisissant [existait toujours] entre les sexes dans la culture littéraire canadienne». Selon sa plus récente étude, en effet, «37% des comptes rendus canadiens portent sur des livres écrits par des femmes tandis que 57% portent sur des livres écrits par des hommes». De deux choses l’une: ou bien les membres du CWILA ont massivement échoué leurs mathématiques de quatrième année, ou bien Denise Bombardier a écrit 6% des livres recensés au Canada l’an dernier.

En tant qu’ancien étudiant et chargé de cours de l’Université de Sherbrooke, j’ai le privilège de recevoir dans ma boîte de messagerie diverses annonces concernant mon fonds de pension (risible) et l’état général de mon alma-mater (idem). La plus récente de ces annonces était signée de la main de la rectrice, Luce Samoisette –- celle-là même que nous avons vue à la télé aux côtés de Jean Charest, lors du décret de la célèbre loi 12, à l’automne 2012 (alors qu’elle avait expressément rappelé le «devoir de réserve» des membres de son personnel).
Dans sa lettre, donc, la rectrice expliquait notamment que «[l]es orientations budgétaires […] reçues de Québec, fin août, augment[ai]ent [les] efforts budgétaires [sic] à 18M$», alors qu’avant cette date, l’UdeS ne devait couper que 16 petits millions dans son budget annuel. À ceci, Mme Samoisette ajoutait «souhaiter évidemment que les données soient définitives».
C’est drôle: on aurait pu penser qu’elle espérerait une baisse ou même une levée des restrictions budgétaires, mais non, elle souhaitait seulement que ça reste comme ça. Évidemment, elle nous assurait aussi qu’elle continuerait «à demander au gouvernement du Québec de faire de l’éducation une véritable priorité [re-sic] et d’y accorder les ressources financières nécessaires», mais, selon elle, «[c]ette revendication ne peut se faire en faisant abstraction des contraintes budgétaires auxquelles sont soumises les universités». Autrement dit, on peut se plaindre, mais ça ne doit rien coûter – surtout pas son poste.
J’aimerais profiter de l’occasion qui m’est offerte pour saluer le courage de cette femme extraordinaire, qui fait fi des tensions sociales actuelles comme des siècles d’humanisme sur lesquels est fondée l’institution qu’elle représente, pour continuer de servir le gouvernement avec une abnégation, un zèle qui dépassent les attentes des dirigeants les plus intransigeants. Il nous reste à espérer que de plus hautes charges lui soient bientôt confiées, afin qu’elle poursuive le brillant et lucratif exercice de sabotage dont elle fait carrière.     –  Jean-Philippe Martel

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