Les écrivains à la télé

Les écrivains à la télé

Certaines personnes semblent connues juste parce qu’elles sont connues. Qu’importe que Lise Dion parle popote ou nous raconte son enfance? C’est toujours d’elle qu’il s’agit; c’est pour ses histoires qu’on l’invite à cuisiner le potiron, à s’étendre sur le divan de Stephan Bureau ou à donner ses idées de livres à des écrivains-fantômes. La même chose avec Dominique Michel, Véronique Cloutier ou Michel Louvain. On continue par tradition de rappeler les grandes étapes de leur carrière, de jouer le jeu de leur réussite, même si ces dernières nous paraissent de plus en plus secondaires et lointaines. C’est à présent leur importance médiatique que vient redire leur présence dans les studios de radio, sur les plateaux de télévision et dans les journaux – une célébrité que leur passage à Tout le monde en parle ou leur interview dans le dernier Elle Québec célèbrent à nouveau.

Or, à ce jeu de la présence médiatique, une classe d’artisan-e-s semble bien laissée pour compte: celle des écrivains et des écrivaines du Québec. Loin des yeux, loin du portefeuille, dit-on. Dans ces conditions, faut-il s’étonner que leur prestige personnel et la valeur même de leur travail n’aient jamais été si basses?

Voici donc 10 idées pour pimper la profession d’écrivain-e-s au Québec:

10) Cache ton cash, nouvelle chronique financière animée par Élise Turcotte, où l’écrivaine, visant à peu près le même public que La Presse, donne des conseils pour mieux gérer son budget, avec des capsules comme: Quand vendre son chalet de quatre chambres des maîtres et sept salles de bain en marbre d’Italie? Investir aux Caïmans, oui mais comment? Les RÉER c’est pour le petit peuple, La retraite de mes employés m’empêche d’aller dans l’espace, et Mes enfants se dirigent vers les études littéraires: que faire?

9) Dans Brisebois décore, l’auteur de Chant pour enfants morts et de Catéchèse reçoit un homme et une femme par semaine, et refait leur sous-sol en hypothéquant l’avenir de leurs enfants. La première semaine, ce sont les Tremblay-Carufel, de Sorel, qui voient leur maison-mobile soulevée par une grue, puis redéposée, un peu croche, sur des fondations de béton dans lesquelles l’écrivain, suivant son inspiration du moment, a fait couler des rampes de skate. La deuxième semaine, les Huberdeau de Louiseville transforment leur cave à vins en stationnement incitatif, pour le jour où la ligne bleue sera allongée de la station St-Michel au Cap-de-la-Madeleine. D’autres surprises attendent les participants du Vieux-Québec, de Kujjuuaq et de Venise-en-Québec.

8) La santé c’est super, une quotidienne animée par Michel Vézina, propose des trucs rapides et efficaces pour retrouver la forme quand le médecin nous a annoncé qu’il ne nous restait plus que sept jours à vivre. Les thèmes suivants sont abordés par l’auteur, mais surtout par ses chroniqueuses-diététiciennes-vedettes, Ginette Reno, Danielle Goyette et un hologramme de Jehanne Benoît: Le chou kale, comment l’apprêter? (avec le follow-up: Kale ou Kêle? Comment dire?); 127 recettes de smoothies sans souci, Apprivoiser les fibres solubles, Qui dort dîne: une philosophie morbide qui a du mordant et Au pire, fais-toi taquer l’estomac.

7) Formule Delvaux, animée par la professeure de littérature et auteure Martine Delvaux, renouvelle le concept du reportage d’enquête en traitant de la délicate question du mariage sous tous ses angles. Des émissions sont consacrées aux thèmes suivants: Où trouver les meilleurs centres de table?, Ma traîne de 33 mètres est-elle trop longue ou vraiment fucking trop longue?, À quelle table loger mononcle Mario?, On craque pour les robes de bouquetières rose bonbon, Les bons deals sur le Cabellero en gros et L’infidélité des hommes: c’est dans leurs gênes.

6) Dans Les Entrenestes, l’écrivain Louis Hamelin reçoit divers membres du showbiz québécois pour jaser, dans un décor fait de puces informatiques et d’émoticons de super-héros, de l’importance du web dans leur vie. Alex Perron, par exemple, parle de sa passion pour Angry Birds, tandis que Pascale Nadeau donne sa fameuse liste des meilleurs sites pornographiques women-friendly, et que Réjean Tremblay, en arrière-plan, répète inlassablement «pense web, pense web».

5) Au télé-journal, les météorologues, dont la formation n’a de toute façon rien à voir avec la travail de parler devant la caméra, et qui sont à peu près aussi capables de prédire une averse que Pierre Houde de «caller» un hors-jeu à retardement, sont remplacés par Suzanne Jacob, qui s’intéresse chaque soir à un sujet brûlant de l’actualité météorologique, comme: La pleine lune: comment ça marche, tabarouette? Pourquoi le chapelet accroché à la corde à linge apporte-t-il le beau temps? Il fait frette, moi je décâlisse en Floride, et 20 degrés à Bathurst, c’est tout ce qu’il faut savoir pour être heureux (ou non).

4) Dans les petits Bock les meilleures adresses propose une virée en ville avec l’écrivain/chineur/jet-setteur Raymond Bock, qui nous révèle ses meilleures adresses pour prendre soin de son corps et quelques-uns de ses précieux trucs-beauté au masculin. Des capsules sont prévues sur les sujets suivants: Oser le pastel, La vie après la barbe de quatre ans, Un shish-taouk pas dangereux pour moins de 50$, est-ce possible?, La diStasio mange dans ma main et Mes ongles d’orteils virent au jaune: que faire?

3) À La lettre, des candidat-e-s désireux-ses de mener la belle vie gras dur d’artistes subventionné-e-s par nos taxes de contribuables font parvenir leurs textes de moins de 300 mots à Jacques Godbout, India Desjardins et Edouard H. Bond, qui doivent d’abord juger de leur valeur, sans avoir vu de photo de leur auteur-e en habit dans une piscine d’hôtel, ni entendu parler de leur dernière psychose, avant d’essayer de les attirer dans leur équipe pour les entraîner en vue d’une éventuelle participation aux Correspondances d’Eastman, sous le grand chapiteau «Glucosamine et compagnie».

2) En compagnie de l’exubérant Jacques Poulin, l’omniprésent Simon Boulerice prend la barre d’une émission au cours de laquelle des vedettes qui viennent de se faire sacrer là sont harcelées jusqu’à ce qu’elles acceptent de rencontrer du vrai monde ordinaire qui leur ont élevé des petits autels dans leur grange de St-Amable. Diverses activités leur sont aussi imposées, au cours desquelles elles sont doivent apprendre à connaître un certain nombre de fermiers dans des situations de la vie réelle, comme mettre des veaux au monde, regarder le soleil se lever sur un champ de purin et éternuer leur vie en faisant les foins. À la fin, elles doivent épouser un des candidats qui leur ont été présentés ou, en cas de refus, subir les foudres d’un Jacques Poulin déguisé en Matricule 728, qui leur lit du Richard Martineau dans un porte-voix.

1) Dans un concept révolutionnaire, l’écrivaine Kim Thúy anime une émission hebdomadaire d’une heure au cours de laquelle elle invite d’autres écrivains et écrivaines à parler de leur travail d’écriture, sans jamais faire référence à leur exotisme, ni à l’esti de coriandre.

     – Jean-Philippe Martel

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