ESSAI de Normand Baillargeon : Sur le conformisme et un précieux contrepoison – (no 75)

« LE CONFORMISME SOUS L’ÉCLAIRAGE DE LA SCIENCE – Nous sommes tous plus ou moins conscients de la réalité du conformisme et de ses effets, ne serait-ce que par ce que nous observons à propos de la mode. Toutefois, si du moins on exclut les chercheurs qui l’ont étudié, je suis tenté de dire que peu de gens en ont aussi bien pris la mesure que les spécialistes du marketing.

Eux savent en effet parfaitement bien le prix que vaut, pour les vendeurs, le fait de voir leur produit, leur bien ou leur service vanté ou recommandé à une personne par un proche en qui elle a confiance : cette personne sera en effet par là incitée à imiter le comportement de ce proche.

Une amie que vous appréciez vous raconte ses belles vacances passées à tel endroit ? Il devient dès lors plus probable que vous y alliez vous aussi. Voyez encore cette vedette aimée du public qui fait de la publicité pour un restaurant, pour un vin, pour une voiture, pour un service… En observant les effets de cette prise de parole, vous verrez le conformisme à l’oeuvre.

À l’évidence, cette tendance peut être bénéfique et utile, mais elle peut aussi être dangereuse et nuisible, pour des raisons dont certaines se laissent deviner sans mal.

Il est plausible que ce trait, que cette tendance au conformisme soit un produit de l’évolution.

Contrairement aux autres espèces, les petits humains restent fragiles longtemps après leur naissance, et très longtemps aussi ils dépendent presque entièrement des soins de leurs aînés pour survivre : suivre leurs conseils, se conformer à leurs gestes, les imiter sont alors des conduites indispensables. Cela reste aussi vrai des adultes, tout particulièrement en ces lointains moments historiques où notre propre expérience personnelle et celle d’autrui étaient à peu près les seules sources de connaissance. Ne pas se conformer pouvait en bien des cas être dangereux, voire mortel.

Toujours en restant dans la perspective longue de l’évolution, il faut également rappeler le rôle important, pour la survie de notre espèce, de ces activités de groupe et des modes de pensée qu’elles induisent : elles aussi sont une source de notre tendance au conformisme. La chasse, qui a beaucoup été étudiée par les anthropologues, reste l’exemple classique de tout cela. […] »

Extrait d’un article de Normand Baillargeon, L’Inconvénient no 75, hiver 2018-2019

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