La purification du genre humain, no 86 automne 2021

L’idée que l’atteinte du bonheur ou, plutôt, d’une certaine paix d’esprit puisse nécessiter une part de renoncement ou de fatalisme n’est pas nouvelle ; on la trouve chez bien des philosophes d’Orient et d’Occident. Or nous vivons à une époque où cette manière d’aborder la vie – en y introduisant une certaine dose de fatalisme, pour notre propre bien – semble devenue presque contre-nature.
D’une part, parce que nos sociétés capitalistes sont fondées sur l’exacerbation des désirs matériels et du consumérisme. On nourrit ainsi l’appareil de production et la quête du profit, en excitant les envies et les frustrations des individus : tout le monde veut posséder ce que possèdent les autres, et tout le monde perçoit comme une injustice, comme une indignité le fait de ne pas être mieux pourvu ou fortuné. Le principe démocratique de l’égalité alimente paradoxalement ces ressentiments, car chacun s’attend à être l’égal des plus chanceux, à ne pas souffrir d’inégalités, alors que la social-démocratie promet en fait une égalité très circonscrite : l’égalité des citoyens devant la loi et une certaine égalité des chances par l’accès à l’éducation et à des services publics de base, avec les possibilités de mobilité sociale qui en découlent. Mais au-delà de ça, chacun doit faire son chemin au sein d’un monde de plus en plus individualiste et compétitif…

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Des philosophes qu’il ferait bon relire, no 85 été 2021

L’idée que l’atteinte du bonheur ou, plutôt, d’une certaine paix d’esprit puisse nécessiter une part de renoncement ou de fatalisme n’est pas nouvelle ; on la trouve chez bien des philosophes d’Orient et d’Occident. Or nous vivons à une époque où cette manière d’aborder la vie – en y introduisant une certaine dose de fatalisme, pour notre propre bien – semble devenue presque contre-nature.
D’une part, parce que nos sociétés capitalistes sont fondées sur l’exacerbation des désirs matériels et du consumérisme. On nourrit ainsi l’appareil de production et la quête du profit, en excitant les envies et les frustrations des individus : tout le monde veut posséder ce que possèdent les autres, et tout le monde perçoit comme une injustice, comme une indignité le fait de ne pas être mieux pourvu ou fortuné. Le principe démocratique de l’égalité alimente paradoxalement ces ressentiments, car chacun s’attend à être l’égal des plus chanceux, à ne pas souffrir d’inégalités, alors que la social-démocratie promet en fait une égalité très circonscrite : l’égalité des citoyens devant la loi et une certaine égalité des chances par l’accès à l’éducation et à des services publics de base, avec les possibilités de mobilité sociale qui en découlent. Mais au-delà de ça, chacun doit faire son chemin au sein d’un monde de plus en plus individualiste et compétitif…

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Qui a peur des changements climatiques ? no 84 printemps 2021

Pourquoi l’humanité ne prend-elle pas au sérieux les avertissements que lui adressent les scientifiques relativement à la crise climatique ? Depuis des décennies, nous nous donnons des cibles d’émissions de gaz à effet de serre que nous ne respectons pas et que nous reportons sans cesse alors que le moment de vérité, lui, se rapproche inéluctablement. Dans son article fouillé et terrifiant, André Noël nous rappelle que des études sérieuses avancent maintenant le scénario d’une « apocalypse » dès 2060, c’est-à-dire un emballement irréversible du processus de réchauffement qui conduira à la disparition des six septièmes de la population humaine…

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Le pays incertain – no 81, été 2020

Depuis le référendum de 1995, qui s’est soldé par une quasivictoire ou une quasi-défaite, selon le point de vue où on se place, la question de l’indépendance s’est curieusement échappée du discours public, comme si elle avait été elle-même aspirée dans les limbes du pays non advenu. Aussi irréel soit-il, celui-ci produit néanmoins ses effets, sculpte les traits d’une psyché collective où s’affrontent les forces souterraines du souvenir et de l’oubli, de l’espoir et de l’abstention, de la résistance et du consentement. L’individu postnational se croit sans doute immunisé contre les ferments de l’histoire, mais l’est-il vraiment ? Qu’elle soit acceptée ou combattue, l’expérience du sursis et de l’incertitude peut-elle ne pas laisser de traces ? Que nous réserve cet étrange désir d’inexister ?

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Pierre Vadeboncoeur- no 79, hiver 2019/2020

Il y aura bientôt dix ans, Pierre Vadeboncoeur nous quittait. Aujourd’hui, il s’agit moins d’apprécier l’ampleur de l’héritage que cet essayiste d’exception nous laisse que de déterminer ce qui, de lui et de son oeuvre, nous manque le plus. Est-ce son extraordinaire capacité à comprendre son époque, à la rendre intelligible pour ses contemporains ?

Est-ce la hauteur de son exigence, celle-là même qui déclenchait ses colères et nourrissait ses admirations ? Est-ce la fidélité à une vérité transcendante, à une idée de la beauté résolument étrangères à l’air du temps ? Est-ce son attachement indéfectible à la liberté de la pensée, à la vie de l’esprit ? Ou alors son expérience si singulière de l’aventure, faite de croyance et d’incroyance, d’engagement et de réserve, d’espoir et de désillusion ?

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Ruses et raisons de l’autodérision – no 78, automne 2019

Ruses et raisons de l’autodérision – no 78, automne 2019


– L’humanité contemporaine semble tenir pour acquis que chacun devrait consacrer une bonne partie de sa vie, voire sa vie même, à s’« affirmer ». C’est ainsi que cette forme ancienne d’humour qu’on appelait l’autodérision a pratiquement disparu des rapports sociaux, qui deviennent chaque jour de plus en plus polarisés, fébriles et chicaniers. Se pourrait-il que la disparition du sens de l’autodérision – le fait de ne pas se prendre trop au sérieux – y soit pour quelque chose ? Se pourrait-il que l’autodérision soit un ingrédient essentiel de la civilité ?

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