Les nouveaux rapports amoureux

La grande fable de notre époque, c’est celle de l’amour à la portée d’un simple clic; publicité virale et réseaux sociaux l’exposent dans une vitrine constamment renouvelée dont nous soupesons les offres en consommateurs avertis, à la recherche du meilleur « produit » disponible. Mais cette grande fable n’existerait pas sans le rêve secret qui la nourrit : celui d’un amour parfait, librement consenti, authentique et plein, seul lieu encore investi d’idéal à l’ère du désenchantement et du cynisme. Or, en l’absence de toutes contraintes institutionnelles et morales, cet idéal se heurte aujourd’hui à la facilité même avec laquelle s’assouvit le désir amoureux ; et cette facilité favorise en retour l’insatiabilité de ce désir, au point où il en vient à se cannibaliser, à se faire la proie de sa propre voracité.

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L’héritage de la pauvreté

À bien des égards l’histoire de notre littérature, de Saint-Denys Garneau à Gaston Miron en passant par Gabrielle Roy, Jacques Ferron et tant d’autres, est celle d’une longue méditation sur notre pauvreté originelle, élevée à la dignité d’un fait culturel ou identitaire. Héritage équivoque ! En lui tournant le dos avec trop de désinvolture, on risque de refouler maladroitement une part honteuse de nous-mêmes et de croire naïvement qu’il n’en restera aucune trace. Mais à le revendiquer trop complaisamment, on risque de tomber dans l’illusion contraire, qui consiste à voir comme une vertu un état dont le sens commun, pour ne pas dire le sens du réel, voudrait qu’on cherche à s’affranchir. D’où l’épineuse question soulevée par ce numéro de l’Inconvénient : de quelle manière, sur quel ton, par quels moyens littéraires ou philosophiques, nos écrivains ont-ils réussi dans le passé (ou réussiront-ils dans l’avenir) à transmuer notre indigence en richesse ?

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