Les nouveaux rapports amoureux

La grande fable de notre époque, c’est celle de l’amour à la portée d’un simple clic; publicité virale et réseaux sociaux l’exposent dans une vitrine constamment renouvelée dont nous soupesons les offres en consommateurs avertis, à la recherche du meilleur « produit » disponible. Mais cette grande fable n’existerait pas sans le rêve secret qui la nourrit : celui d’un amour parfait, librement consenti, authentique et plein, seul lieu encore investi d’idéal à l’ère du désenchantement et du cynisme. Or, en l’absence de toutes contraintes institutionnelles et morales, cet idéal se heurte aujourd’hui à la facilité même avec laquelle s’assouvit le désir amoureux ; et cette facilité favorise en retour l’insatiabilité de ce désir, au point où il en vient à se cannibaliser, à se faire la proie de sa propre voracité.

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L’héritage de la pauvreté

À bien des égards l’histoire de notre littérature, de Saint-Denys Garneau à Gaston Miron en passant par Gabrielle Roy, Jacques Ferron et tant d’autres, est celle d’une longue méditation sur notre pauvreté originelle, élevée à la dignité d’un fait culturel ou identitaire. Héritage équivoque ! En lui tournant le dos avec trop de désinvolture, on risque de refouler maladroitement une part honteuse de nous-mêmes et de croire naïvement qu’il n’en restera aucune trace. Mais à le revendiquer trop complaisamment, on risque de tomber dans l’illusion contraire, qui consiste à voir comme une vertu un état dont le sens commun, pour ne pas dire le sens du réel, voudrait qu’on cherche à s’affranchir. D’où l’épineuse question soulevée par ce numéro de l’Inconvénient : de quelle manière, sur quel ton, par quels moyens littéraires ou philosophiques, nos écrivains ont-ils réussi dans le passé (ou réussiront-ils dans l’avenir) à transmuer notre indigence en richesse ?

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Naissance et renaissance du roman latin-américain

Au milieu du XXe siècle, le roman d’Amérique latine connaît un essor soudain, spectaculaire et pour tout dire presque miraculeux. Gabriel García Márquez, Mario Vargas Llosa, Carlos Fuentes et Julio Cortázar seront les plus illustres figures de ce mouvement qu’on appellera le « Boom ». Mais alors que le réalisme magique – auquel on tend à l’assimiler – dégénère en marque de commerce pour satisfaire les attentes d’un Occident en mal d’exotisme, s’impose la tâche titanesque de renouveler le genre : invention du roman-reportage par l’argentin Rodolfo Walsh, nouvelle tradition du roman politique au Chili et en Colombie, romans « totaux » de l’iconoclaste Roberto Bolaño. Des aficionados du roman latino-américain et quelques-uns de ses représentants actuels les plus en vue brossent pour nous le portrait de ses multiples vies.

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