Le pays incertain – no 81, été 2020

Depuis le référendum de 1995, qui s’est soldé par une quasivictoire ou une quasi-défaite, selon le point de vue où on se place, la question de l’indépendance s’est curieusement échappée du discours public, comme si elle avait été elle-même aspirée dans les limbes du pays non advenu. Aussi irréel soit-il, celui-ci produit néanmoins ses effets, sculpte les traits d’une psyché collective où s’affrontent les forces souterraines du souvenir et de l’oubli, de l’espoir et de l’abstention, de la résistance et du consentement. L’individu postnational se croit sans doute immunisé contre les ferments de l’histoire, mais l’est-il vraiment ? Qu’elle soit acceptée ou combattue, l’expérience du sursis et de l’incertitude peut-elle ne pas laisser de traces ? Que nous réserve cet étrange désir d’inexister ?

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Pierre Vadeboncoeur- no 79, hiver 2019/2020

Il y aura bientôt dix ans, Pierre Vadeboncoeur nous quittait. Aujourd’hui, il s’agit moins d’apprécier l’ampleur de l’héritage que cet essayiste d’exception nous laisse que de déterminer ce qui, de lui et de son oeuvre, nous manque le plus. Est-ce son extraordinaire capacité à comprendre son époque, à la rendre intelligible pour ses contemporains ?

Est-ce la hauteur de son exigence, celle-là même qui déclenchait ses colères et nourrissait ses admirations ? Est-ce la fidélité à une vérité transcendante, à une idée de la beauté résolument étrangères à l’air du temps ? Est-ce son attachement indéfectible à la liberté de la pensée, à la vie de l’esprit ? Ou alors son expérience si singulière de l’aventure, faite de croyance et d’incroyance, d’engagement et de réserve, d’espoir et de désillusion ?

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Ruses et raisons de l’autodérision – no 78, automne 2019

Ruses et raisons de l’autodérision – no 78, automne 2019


– L’humanité contemporaine semble tenir pour acquis que chacun devrait consacrer une bonne partie de sa vie, voire sa vie même, à s’« affirmer ». C’est ainsi que cette forme ancienne d’humour qu’on appelait l’autodérision a pratiquement disparu des rapports sociaux, qui deviennent chaque jour de plus en plus polarisés, fébriles et chicaniers. Se pourrait-il que la disparition du sens de l’autodérision – le fait de ne pas se prendre trop au sérieux – y soit pour quelque chose ? Se pourrait-il que l’autodérision soit un ingrédient essentiel de la civilité ?

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