Des philosophes qu’il ferait bon relire, no 85 été 2021

L’idée que l’atteinte du bonheur ou, plutôt, d’une certaine paix d’esprit puisse nécessiter une part de renoncement ou de fatalisme n’est pas nouvelle ; on la trouve chez bien des philosophes d’Orient et d’Occident. Or nous vivons à une époque où cette manière d’aborder la vie – en y introduisant une certaine dose de fatalisme, pour notre propre bien – semble devenue presque contre-nature.
D’une part, parce que nos sociétés capitalistes sont fondées sur l’exacerbation des désirs matériels et du consumérisme. On nourrit ainsi l’appareil de production et la quête du profit, en excitant les envies et les frustrations des individus : tout le monde veut posséder ce que possèdent les autres, et tout le monde perçoit comme une injustice, comme une indignité le fait de ne pas être mieux pourvu ou fortuné. Le principe démocratique de l’égalité alimente paradoxalement ces ressentiments, car chacun s’attend à être l’égal des plus chanceux, à ne pas souffrir d’inégalités, alors que la social-démocratie promet en fait une égalité très circonscrite : l’égalité des citoyens devant la loi et une certaine égalité des chances par l’accès à l’éducation et à des services publics de base, avec les possibilités de mobilité sociale qui en découlent. Mais au-delà de ça, chacun doit faire son chemin au sein d’un monde de plus en plus individualiste et compétitif…

Lire l’Article →